MON CAMBODGE EN LIVRES

Livres Cambodge

Je suis retournée au Cambodge récemment, sur la terre de mes origines. C’était la deuxième fois. J’ai accompagné ma tante, qui n’y avait pas remis les pieds depuis 1975. Le dernier avion avant que les frontières du pays ferment. C’était un voyage émotionnel. La première fois, j’y avais été avec mon père, qui l’avait quitté en 1969.

Je pense rarement à « rentrer » un jour au Cambodge, car ma famille ne nourrissait pas le mythe du retour dans leur exil. Il leur avait toujours été très clair qu’ils n’y trouveraient plus leur place. Quand je m’y trouve, pourtant, je me surprends parfois à songer « et pourquoi pas ? ». Mais ça, c’est une autre histoire.

Des livres pour vivre le Cambodge

Aujourd’hui je vous propose une petite sélection très personnelle de livres pour prolonger mon séjour. Les livres sur le Cambodge – historiques, fictionnels, témoignages, biographies, tous genres confondus – font partie de mes lectures préférées, et les plus fondatrices de mon cheminement intime. Celles par lesquelles je me suis retrouvée dans des mots, alors qu’on en était plutôt avare dans notre quotidien.

Livres Cambodge

Grâce à ces roman, bande dessinée, essai, pièce de théâtre, autobiographie… j’ai renoué avec le Cambodge d’avant, celui que ma famille n’a pas pu me raconter. Il y a aussi un peu du Cambodge de leurs souffrances, celui du génocide, de ce passé proche qu’il ne faut pas oublier pour continuer à vivre. Et il y a le Cambodge d’après les Khmers Rouges, le Cambodge des combats d’aujourd’hui. Celui de la création et du présent.

Les Cambodgiens, Éléonore Sok-Halkovich

Ateliers Henri Dougier, essai, 2019

Livres Cambodge

À travers des entretiens et reportages menés aux quatre coins du pays, la journaliste Éléonore Sok-Halkovich dépeint un Cambodge que la touriste que je suis ne soupçonne pas.

Des chercheurs qui travaillent sur la mémoire aux nouveaux visages de l’économie, en passant par une syndicaliste du textile, une activiste éco-féministe et des citations du Premier Ministre Hun Sen. Une balade dans le Cambodge tourné vers l’avenir.

L’année du lièvre, Tian

Gallimard, bande dessinée, 2011-2015-2016

Livres Cambodge

Le talent de Tian tient à sa sincérité et la précision de son travail, tout en faisant une grande place aux émotions. Raconter la période sanguinaire des Khmers Rouges sans sang est un exploit précieux.

Ma fille a lu cette bande dessinée à 10 ans. J’étais si fière qu’elle ait accès à notre histoire qui est aussi la sienne alors que j’en avais été moi-même protégée par le silence de ma famille. Nous avons de fabuleux outils de transmission aujourd’hui comme ces 3 tomes relatant le parcours d’une famille de 1975 à 1980 signés Tian.

Cambodge me voici, Jean-Baptiste Phou

L’Asiathèque, pièce de théâtre, 2017

Livres Cambodge

Dans cette pièce bilingue français-khmer, quatre femmes se retrouvent coincées à l’ambassade du Cambodge en France. Le temps d’échanger leurs histoires, leurs craintes, leurs trajets multiples.

Les visages de ces femmes, je les connais. Elles me rappellent des tantes, des cousines, des amies, de toutes les générations qui font des allers-retours entre la terre de leur héritage et leur pays de résidence.

L’Anarchiste, Soth Polin

La Table Ronde, roman, 1980

Livres Cambodge

J’avais découvert ce texte adapté brillamment au théâtre par le metteur en scène et comédien Jean-Baptiste Phou lors d’une représentation à Anis Gras.

J’ai eu envie d’une plongée dans la littérature de cet écrivain qui me parle du Phnom Penh qu’ont connu mes parents. Le Phnom Penh des années encore insouciantes. Je n’ai pas pu m’empêcher de relever le sexisme ambiant en revanche qui reflète certes « l’époque » mais surtout une banalisation générale de l’objectification des femmes dans nos cultures, qui perdure.

First they killed my father, Loung Ung

HarperCollins, autobiographie, 2000

Livres Cambodge

J’ai lu ce livre de Loung Ung et j’ai vu le film d’Angelina Jolie sur Netflix. J’ai pleuré et j’en suis ressortie plus forte.

Forte de savoir et de voir sur un écran ce qui est arrivé à de trop nombreux Cambodgiens, peut-être mes oncles, mes tantes, mes grands-parents. J’avais besoin de ce point de vue d’une Cambodgienne, en fiction, bien plus que le film La Déchirure (The killing fields) de Roland Joffé en 1984.

L’élimination, Rithy Panh

Grasset, autobiographie, avec Christophe Bataille, 2011

Livres Cambodge

Évidemment, Rithy Panh.

Sans Rithy Panh, je serais si ignorante.

Parmi toutes les œuvres du réalisateur, ce livre m’a marquée, je l’ai lu plusieurs fois.

Dans L’élimination, Rithy Panh parle de lui. Il avait 13 ans en 1975. J’ai compris des choses que je savais pourtant depuis longtemps. Car les mots de Rithy Panh ont toujours une voie plus directe vers nos âmes. C’est comme quand on nous répète un truc, les mots sont un peu creux. Et un jour on a une épiphanie. « Ah, ça voulait donc dire ça ! » C’est pour moi l’effet Rithy Panh.

Et aussi…

Livres Cambodge

J’aurais pu aussi vous parler du film d’animation Funan de Denis Do, que vous pouvez voir sur OCS. Mais j’ai décidé de parler de livres aujourd’hui.

Où trouver ces livres ?

Je vous recommande d’acheter des livres auprès de libraires indépendants. Je les réserve sur le site Paris Libraires, je passe les chercher ensuite dans une librairie près de chez moi.

Note pour plus tard

Je suis tombée sur ce site qui liste plusieurs auteurices Cambodgiens-Américains. Anthony Veasna So, Monica Sok, Sokunthary Svay, Danny Thanh Nguyen, Angela So. Je me souhaite de les découvrir bientôt.

Et vous, vous lisez quoi ?

Je suis friande de recommandations de lectures, merci pour vos partages de coups de cœur.

2 comments

  1. Bonjour petite banane,
    J’ai hâte de lire certains de tes livres.
    J’aime lire des auteurs dont on parle peu et qui parlent de leurs vies à des périodes historiques difficiles.
    Virgil Georgiou ( peu être erreur orthographe) sur les goulags
    Souvent des auteurs que tu ne peux trouver qu’en librairie indépendante.
    Une autre vision, se questionner, des témoignages,

  2. Tout d’abord merci pour les titres que vous suggérez. J’ai lu pas mal de ces livres mais pas tous donc je vais en commander.
    Je me permets de recommander mon dernier roman « Cri » qui se déroule au Cambodge durant la période des Khmers rouges et un peu après. J’ai reçu pour ce livre et ma participation aux fêtes consulaires de Lyon le certificat de remerciement du Consulat Honoraire du Royaume du Cambodge qui se trouve sur ma page facebook. Cette fiction a reçu le prix de la critique du Salon International du Livre de Mazamet en mai et a été nominée au salon du livre de Soissons et a obtenu des critiques très positive. Voici un extrait d’une de ces critiques : » Le thème est dur, l’histoire qu’il évoque est insoutenable mais Janine Pham l’aborde avec une poésie et une douceur qui feraient presque oublier l’horreur. Or, comme ici pour les horreurs du siècle dernier, d’aucuns là-bas, ne seraient pas fâchés que tombe dans l’oubli cette période noire. Avec un petit air de ne pas y toucher,ce livre apporte avec finesse sa petite pierre à l’œuvre inlassable et indispensable de mémoire. »
    Je serai le samedi 1er février au salon du livre de Bussy Saint-Georges. Le premier chapitre de « Cri » peut être lu sur le site de la maison d’édition http://www.chevre-feuille.fr en remontant et allant sur  » d’une fiction à l’autre » Je me rends avec plaisir sur votre page et peut-être recommanderez vous mon dernier roman. Je me tiens à votre disposition pour toute information que vous pourriez souhaiter et vous adresse mes très cordiales salutations.
    Janine Pham

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