Pourquoi Crazy Rich Asians ne changera rien en France

Vous n’avez certainement pas manqué la déferlante Crazy Rich Asians sur les réseaux sociaux après le carton au box-office étatsunien de cette rentrée.

Tout le week-end j’ai fait défiler les hashtags, les threads Twitter ultra-émotionnels d’empowering et les group selfies de ceux qui se sont déplacés en masse dans les cinémas là-bas pour marquer au fer rouge le mouvement.


Sa distribution 100% asiatique avec la fabuleuse Constance Wu (la mère dans Fresh Off The Boat, autre distribution 100% asiatique qui défraye la chronique depuis déjà 4 saisons sur la chaîne ABC) déchaîne les passions : nous avons notre Black Panther à nous !

Plus de 25 ans (depuis The Joy Luck Club de Wayne Wang) qu’un film sans arts martiaux n’est pas projeté sur grand écran avec autant de personnages aux origines asiatiques.

Alors, OUI, nous pouvons être des personnages principaux d’une histoire et mener les spectateurs aux billetteries. La preuve par chiffres avec 25 millions de dollars le week-end de sortie devant les blockbusters de Mark Walhberg et Jason Statham.

OK mais, en France, le film est prévu le 10 octobre 2018

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On se croirait en 1993, quand on connaissait pas le mot « sortie mondiale ».

Warner Bros France n’a même pas pris la peine de traduire la bande annonce : sur Allociné seules les trailers en VO sont disponibles. Alors que l’Angleterre vient de revoir sa copie, le film initialement prévu en novembre a vu sa sortie avancée au 14 septembre pour cause de succès Outre-Atlantique.

Autant dire qu’on se fout royalement de Crazy Rich Asians en Navarre.

« Ca ne marchera jamais, c’est trop COMMUNAUTAIRE »

Pourquoi donc on n’y croit pas en France ?

Sommes-nous donc condamnés à regarder à l’Ouest pour voir des histoires qui sortent de l’ordinaire, du cinéma franco-français avec des réalisateurs fils de et des acteurs fils de ?

Pourquoi malgré la vague Crazy Rich Asians aux US, le cinéma, la télévision, la presse, l’Internet en France vont continuer à nous nier ?

« Mais nous, en France, on est bien avec l’universalisme, on ne voit pas les couleurs, on est tous bleus ! »

Non, nous, au cinéma français, on va se cogner Philippe Lacheau en Nicky Larson. Fucking hell, rien que d’écrire ces mots, ça me fait déprimer sévère.

« Nicky Larson, il n’est pas vraiment Japonais, c’est un personnage de fiction, tout le monde peut jouer, il n’y a que le talent qui compte. »

Mais bien sûr.

A la télé française, on s’est entendu faire la leçon par Kev Adams dans Au Tableau, qui non content de se grimer en Asiatique et faire l’accent pour se moquer, t’explique que c’est pour honorer ta culture et que le monde serait bien triste si on ne se moquait pas des autres.

«  Faut se détendre un peu, c’est comme les blagues sur les Belges, les Chtis, les Roms, les Blondes, enfin, pas sur moi, sur les autres quoi. »

Tu veux dix balles et un Mars aussi ?

Dans nos oreilles, on écoute de la musique française avec des « Tching Tchang Tchong », comme si c’était un compliment.

Bordel, on t’a pas appris que c’était une insulte ?

L’Algérino, Maitre Gim’s (« Rien ne change et les chinois s’appellent toujours soit Chang ou Fang »), la Mafia Spartiate (« Je maîtrise le karaté/Tching Tchong ») à lire dans cet article de Yard.

 

Alors oui, Crazy Rich Asians, c’est super sur les réseaux sociaux, c’est super en hashtags, c’est super aux US

Mais ne nous foutons pas le doigt dans l’œil : on n’est pas prêt pour Crazy Rich Asians.

On n’est même pas prêt à appeler le racisme antiasiatique du racisme, c’est juste du sous-racisme, du « racisme ordinaire », du mauvais humour, des blagues de beauf à base de nems et de riz cantonais.

C’est pas Crazy Rich Asians qui va changer quoi que ce soit en France.

C’est nous.

On continue, on lâche rien, on s’enthousiasme même si ça parait loin, et on s’indigne même si c’est crevant.

Bises mes bananes

15 comments

  1. « Plus de 25 ans (depuis The Joy Luck Club de Wayne Wang) qu’un film sans arts martiaux n’est pas projeté sur grand écran avec autant de personnages aux origines asiatiques. »
    Tu t’es un peu emballée en écrivant cette phrase non ? rien qu’au mois d’aout 2018 : Burning http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=260398.html ; Une Pluie Sans Fin : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=263303.html …. Alors depuis 25 ans, il y en a eu un bon paquet….
    J’imagine que tu parlais de productions américaines…

    • Oui, je parlais du Hollywood business, de tirage de copies maximum, de dizaines de semaines d’exploitation.

      Pas la catégorie « film étranger » où il faut se dépêcher d’aller le voir la première semaine de sortie dans des cinémas d’art et d’essai.

      Soit dit en passant, je n’ai rien contre les films d’auteur ni les cinémas d’art et d’essai, je les aime et c’est très beau, mais c’est insuffisant, seuls, pour assurer une représentation juste de nos communautés.

  2. Si à chaque blague ou chaque film raciste sur les blancs, ceux-ci commençaient à protester, ce serait tous les jours ! Évidemment que le racisme anti-asiatiques existe, comme toutes les autres formes de racisme. Vous devriez une fois pour toutes comprendre qu’il n’y a rien à attendre de positif pour qui que ce soit des spectacles «  »humoristiques » » , de la TV, du cinéma etc…grands miroirs de la connerie humaine généralisée, des replis identitaires, de l’exacerbation des haines. Le XXI siècle est de toute façon le siècle du racisme mondialisé : le seul moyen d’y échapper, ce serait d’aller vivre au Pôle sud ou sur une île déserte.

    • L’idée n’est pas d’échapper à la réalité mais de la changer pour le mieux. J’attends beaucoup de choses des spectacles humoristiques, de la TV, du cinéma, de la littérature… Des miroirs de l’âme humaine, mauvais… et bon.

  3. En tout cas perso je suis contente que la communaute asiatique se reveille en france. J’etais alle voir taxi 1 ou 2 je ne sais plus au cine a sa sortie et j’avais ete profondement choque sur les blagues racistes qui visaient les japonais si je me souviens bien. Or tt le monde riait dans la salle y compris les asiatiques. Le film a cartonne au box office. Le meme genre de blagues sur les noirs ou les arabes aurait cree a minima un remous mediatique. Donc oui on progresse et c’est cool merci Grace pour ton combat.

  4. Ça ressemble à du chipotage, je ne connaissais rien au livre ni au lieu de l’intrigue et j’ai découvert avec stupéfaction que ça se passe à Singapour… et que les seuls citoyens représentés sont les singapouriens chinois, en zappant complètement les malais ou les indiens, qui vont entièrement parti du paysage et de la culture de Singapour. Donc je présume que nous, les asiatiques du sud est (malais, indonésiens, etc…) auront un jour notre film, mais en plaçant le film à Singapour, un effort aurait pu être fait. https://apnews.com/febbec429bbf4d6a81546c66d310feaf/'Crazy-Rich-Asians'-spurs-conversation-over-representation

    • Ce n’est pas du chipotage. Oui, le colorisme existe en Asie, ce n’est pas parce que les personnes asiatiques sont victimes de racisme qu’elle ne sont pas elles-mêmes racistes. Crazy Rich Asians réussit à faire la part belle aux Asian-Americans aux origines chinoises, mais pas l’Asie dans son intégralité, c’est un fait.

      N’empêche que je vais quand même aller voir le film. Je suis allée voir Black Panther même s’il existe de nombreuses critiques sur les choix politiques que le film fait, et j’ai quand même aimé.

      Step by Step, oh baby.

  5. Ce ne serait pas plutôt crazy and rich le sujet, dans un pays où il est de bon ton de juger la joie vulgaire et l’argent sale? Juste une question…

    • On parle d’une comédie romantique avec du luxe (car c’est plus glamour). Comme le millionaire Richard Gere dans Pretty Woman, le millionaire Tom Hanks dans You’ve Got Mail, mettre du 1% dans les histoires d’amour, ça fait chavirer dans les chaumières et c’est une recette qui marche depuis la nuit des temps.

      Chacun a le droit de préférer les films sur les pauvres et la lutte.

  6. Un peu d’optimisme ! Je suis certaine que ça va être un succès en France ! D’une part parce qu’au cinéma actuellement, c’est la loose ! Et d’autre part, parce qu’au moins la moitié de la population française est prête pour « Crazy Rich Asians ». La mondialisation et le multiculturalisme y sont pour beaucoup : il y a 20 ans peu de monde avait déjà manger des makis, des nouilles instantanées des mochis ou encore moins pratiquaient le yoga, maintenant ils font partie des basiques.
    Pour un livre romantique, « Crazy Rich Asians » a quand même été un succès en France, dès sa sortie. Certes, pas comme « Cinquante nuances de Grey » (qui a surtout choqué et intéressé les gens par son caractère licencieux et grivois) mais quand même !
    Je pense qu’on a besoin de ce type d’oeuvre en France et même dans le monde. Parce qu’il permet d’éliminer les clichés et de transformer l’imaginaire collectif et même réduire le racisme. Est-ce qu’il est vraiment communautaire ? A la lecture du livre, ça ne m’a pas semblé être le cas, puisqu’on suit notamment la vie d’une New-yorkaise d’origine asiatique totalement acculturée qui va voyager en Asie avec son copain. Et franchement, ce livre est représentatif de nôtre société… même si là, on y voit plutôt la vie des riches. Si les asiatiques, les africains (dont les maghrébins) vivent en communauté en France, en Angleterre ou au USA ce n’est pas vraiment par choix. Les politiques territoriales, la barrière de la langue (des premières générations d’immigrés), les ressemblances sociaux-économiques, culturelles et cultuelles les ont fait se rassembler.

    • « il y a 20 ans peu de monde avait déjà manger des makis, des nouilles instantanées des mochis ou encore moins pratiquaient le yoga, maintenant ils font partie des basiques. » Coucou, il n’y a pas que le Japon en Asie, et on ne se résume pas qu’à faire de la bouffe … Ca part d’une bonne intention mais le message véhiculé n’est pas le bon..

    • J’espère tout autant que vous que le film sera un succès. Je déplore qu’il ne changera pas grand chose pour les Asiatiques en France. Ces deux sujets sont éloignés.

      Soit dit en passant, l’héroïne du film est américaine. Elle n’est pas « totalement acculturée » comme vous le pensez. Et spoiler : son anglais est impeccable.

    • Mais tellement ! « Attends je ne suis qu’une subalterne soumise, je vais en parler à mon maître Christophe C. pour savoir si je vais encore lui plaire si je dis quelque chose de contrariant. »

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