Mon interview dans La Poudre

J’ai eu le grand honneur d’être reçue par Lauren Bastide et l’équipe du podcast féministe La Poudre. Je ne connaissais pas bien le concept, mais quand j’ai commencé à écouter la paroles des femmes dans La Poudre, ça m’a fait un bien fou ! Je suis devenue accro. Depuis lors, j’écoute tous les quinze jours les mots de femmes inspirantes qui parlent de leur intimité et leurs combats.

J’ai eu tout le mal du monde à préparer cette interview. Pas de stress du direct ou d’un média « classique », mais bien pire : je savais pertinemment que Laurent Bastide pose des questions très personnelles, sur la féminité, la relation avec les parents, l’environnement dans lequel on vivait enfant… C’est la marque de fabrique de La Poudre. Pour quelqu’un comme moi qui aie grandi dans la pudeur des émotions et les non-dits, j’avais une peur bleue !

Comme à chaque fois que j’ai la trouille, je mets un point d’honneur à le faire. Heureusement Lauren Bastide a le chic pour installer un climat assez extraordinaire d’écoute et de bienveillance, un sentiment unique de « sororité », pour libérer nos paroles de l’intérieur.

J’étais très fière d’avoir retenu mes larmes pendant l’enregistrement (mais en me réécoutant, je n’ai pas pu m’empêché de penser fort à ma maman).

Merci à toutes celles et ceux qui m’ont envoyé des tweets, insta, stories, messages après la diffusion de ce podcast, vos mots et vos soutiens m’ont beaucoup touchée.

Au micro de Lauren Bastide, Grace Ly raconte le fait de grandir dans un environnement d’une grande précarité (05:45), l’héritage de ses parents, immigrés chinois vivant autrefois au Cambodge, qui ont fui la dictature Khmer (11:58), sa mère, une « tiger mom » qui l’a poussée à l’excellence (16:25), son premier voyage au Cambodge avec toute sa famille (18:46), la place centrale de la nourriture dans son éducation (21:00), la mort de Zhang Chaolin, preuve que le racisme anti-asiatiques peut tuer (26:00), l’hypersexuation dont sont victimes les femmes asiatiques (36:40), quand l’humour perpétue des clichés racistes sur les communautés asiatiques (46:00) la récupération du réveil militant des communautés asiatiques par le Front National (52:00) et sa confiance en l’avenir de ses enfants (57:23).

Pour réécouter, c’est par ici sur La Poudre

Photos : Fanny Tondre et Zisla Tortello

Grace Ly est une autrice, réalisatrice et blogueuse gastronomique née en 1979 à Grenoble dans une famille d’origine chinoise émigrée du Cambodge. Son blog « La petite banane », ouvert il y a dix ans, est une véritable référence en matière de recommandations culinaires. En 2017, elle a lancé une webserie « Ça reste entre nous » dans le but de déconstruire les stéréotypes visant spécifiquement les membres issus de la communauté asiatique française. Après des études de droit à l’Université de la Sorbonne, elle passe son barreau et entame une carrière juridique dans l’industrie du disque et des jeux vidéos. En 2010, indignée par le traitement médiatique français réservé aux établissements de restauration chinoise, elle décide de mettre en lumière les innombrables subtilités de la cuisine asiatique et les adresses des restaurants qui ont bercé son enfance sur son blog. En 2017, Grace Ly publie en ligne son propre petit livre jaune « Chinatown » dans lequel elle recommande 131 restaurants des Chinatown de Paris, tous testés et approuvés par son palais expert.

Quelques citations extraites de l’épisode : 

« Je n’avais pas de chambre, je n’avais pas de salon, il n’y avait pas de salle à manger, tous ces mots qu’on apprend dans les livres d’enfants, ça ne résonne pas en moi. » (08:35)

« Moi je n’avais jamais mis les pieds en Chine, mais il y avait de la Chine en moi. » (09:43)

« Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que si j’étais née en Chine, peut-être que moi et ma soeur on n’aurait pas été retenues au casting. » (11:19)

« Ma mère c’était l’archétype de la « tiger mom », la mère-tigre, la mère qui a été complètement galvanisée par l’exil et qui est dans la totale abnégation. Elle est résignée à être une génération sacrifiée et elle vit tout par procuration. » (16:32)

« Pour tous les immigrés, le goût des saveurs de chez eux c’est comme un billet express vers les souvenirs. » (22:10)

« La petite banane, c’est ma mère qui s’exaspérait parce que j’avais l’air jaune à l’extérieur, donc chinoise à l’extérieur, mais à l’intérieur elle trouvait que je n’étais pas assez chinoise. » (24:29)

« Il y a vraiment dans l’inconscient collectif cette croyance que les chinois sont travailleurs. Moi honnêtement je ne connais pas un enfant d’immigré qui va vous dire : « moi mes parents c’étaient des grosses feignasses ». C’est le propre de l’immigré. Vous êtes dans un pays étranger, vous avez tout perdu, vous cravachez. » (26:30)

« Ce cliché de l’homme asiatique qui travaille dur, qui est sans papiers donc qui ne porte pas plainte, qui a du liquide sur lui, qui blanchirait peut-être de l’argent, qui serait peut-être mafieux… Ça a tué un homme, qui s’appelle Zhang Chaolin. » (28:23)

« J’étais hyper moyenne mais comme j’étais asiatique on pensait que j’étais une tronche. Et on peut penser que c’est positif, mais en fait ce que ça voulait dire, c’était que quand je ne comprenais pas quelque chose, il ne fallait absolument pas que je pose de question. » (29:45)

« Quand j’ai commencé à écrire sur la gastronomie asiatique, je l’ai fait par conviction parce que j’avais envie de parler des restaurants que moi je fréquentais, et que j’en avais marre de lire des trucs horribles là-dessus. » (43:20)

« C’est quand même fou de ne pas appliquer aux autres le soin qu’on prend pour se regarder soi-même. » (43:55)

« Dire « la cuisine asiatique », c’est quand même incroyable, puisque vous ne diriez jamais « j’adore la cuisine européenne ». De Stockholm à Faro il y a autant de différences que de Séoul à Hanoï. » (44:07)

« Quand on est une minorité on représente tous nos semblables. Donc si on commet une erreur, on impact tous les autres qui nous ressemblent. » (45:05)

« Pourquoi c’est classe sur toi, et pourquoi sur moi, c’est crasse ? C’est ça l’appropriation culturelle. » (50:48)

« Ce truc de la communauté modèle, c’est fait pour instrumentaliser les gens et pour les monter les uns contre les autres. » (54:11)

« C’est comme quand il y a un barrage qui retient des eaux pendant très très longtemps. Une fois que le barrage s’ouvre, les eaux deviennent incontrôlables. Moi c’est ça que je ressens aujourd’hui. Il y a une colère, mais il y a aussi une énergie. » (56:39)

« [Ma fille de 9 ans] elle est hyper fière d’être chinoise, et rien que ça pour moi c’est une petite victoire. » (57:55)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *