LES LIVRES DE… CHLOE CATTELAIN

J’ai rencontré Chloé Cattelain, qui a un beau jour décidé d’apprendre le mandarin et s’est envolée rouler sa bosse en Chine. En rien de temps, elle est devenue championne de karaoké, catégorie « duo romantique en chinois » et remporte les Mondiaux 2003 d’Oulan-Bator !

Aujourd’hui, elle est professeure de chinois au collège le jour, maman de deux grands ados et écrivaine le reste du temps. Elle est l’autrice de deux romans de littérature jeunesse, Ma Vie à la Baguette (2015), Coup de Foudre à Pékin (2017) aux éditions Thierry Magnier.

Je vous invite à découvrir l’univers de Chloé, une balade littéraire à mi-chemin entre la Chine et la France.

Chloé Cattelain, qui êtes-vous ?

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur votre parcours en Chine ?

Chloé Cattelain : Dans mes livres, j’avais envie de parler de ma rencontre avec la Chine et les Chinois, de l’expérience de la confrontation à l’altérité : Qu’est-ce que cela fait de rencontrer une personne qui pense radicalement différemment de soi ? Quel trajet personnel doit-on effectuer pour aller vers elle, la comprendre et s’engager dans une relation ? Je crois que l’adolescence est un moment où les rencontres sont particulièrement fortes et naturellement mes héros sont devenus des adolescents.

Les plus grandes différences entre Chinois et Français ?

CC : J’essaye dans mes livres de montrer ce qui nous rassemble.

Vos meilleurs souvenirs des années passées en Chine ? 

CC : Je repense souvent à mes premières balades dans Pékin au tout début des années 90. La Chine commençait à peine à s’ouvrir, les gens étaient très curieux. Il n’était pas rare que je m’arrête pour déjeuner de raviolis dans une gargote et que des Pékinois viennent s’assoir à ma table pour discuter et poser des questions très directes, portant souvent sur ma vie amoureuse et mon compte en banque.

La ville de Pékin comptait peu de voitures et on pouvait encore la sillonner à vélo si on comprenait les codes de base de conduite : 1- plus on est petit, moins on a la priorité ; 2- un véhicule type vélo ou charrette peut débouler de nulle part et dans n’importe quelle direction. Armée de cette sagesse, je pouvais me promener longtemps et aller à la découverte des habitants et des ruelles.

A Shanghai au milieu des années 90, j’ai donné des cours de français à des jeunes de mon âge. C’était une génération qui avait grandi sous le communisme, souvent dans des régions reculées de la Chine. Ces jeunes étaient nés dans les campagnes où leurs parents avaient été envoyés comme jeunes instruits, faisaient leurs premiers pas d’adultes dans une Chine en pleine réforme et ils avaient soif d’ailleurs. C’était très dur pour eux de sortir à cette époque et mes conversations avec ces amis sont parmi mes meilleurs souvenirs.

J’ai habité à Hong Kong après la rétrocession en 1997. C’était une période difficile pour le territoire à cause de la crise économique asiatique. Mes amis avaient souvent deux boulots pour pouvoir se payer un tout petit bout d’appartement, ils vivaient sous pression, la ville n’arrêtait jamais de bouger, d’avancer, de produire.

Mais chaque année, au moment de la commémoration du massacre du 4 juin 1989, les familles se retrouvaient et se retrouvent encore à Victoria Park pour une veillée illuminée de bougies. Cette mémoire des événements de la Place Tian’anmen est encore réprimée en Chine et j’ai vite appris en Chine à ne jamais en parler spontanément pour ne pas embarrasser mes interlocuteurs. Pouvoir me joindre aux Hongkongais pour ce moment de mémoire est parmi mes meilleurs souvenirs.

Dans les années 2000, j’ai pu monter un échange avec un lycée chinois. J’ai demandé à mes interlocuteurs de pouvoir faire vivre aux lycéens français une vraie journée de jeunes Chinois. Lever 6h30, étude le matin, sieste dans les classes, gymnastique collective, ménage, étude le soir, notation du rangement des chambres etc. C’était vraiment une expérience de voir de jeunes Français sortir de leur quotidien et comprendre la vie de leurs camarades chinois.

Ces souvenirs et bien d’autres encore ont nourri mes deux romans.

Les restaurants chinois où l’on pourrait espérer vous croiser ?

A Paris, c’est « Au délice de Confucius » en face de la Pitié-Salpêtrière, un restaurant qui sert de l’authentique cuisine du Shandong. On peut y déguster de délicieux raviolis maison, je conseille les très simples « porc chou. » En entrée, il faut essayer le calamar à la ciboulette et les racines de lotus. Ensuite, on peut se laisser tenter par des classiques : porc émincé sauce piquante, bar à la vapeur, pouces d’ail sauté. Les tomates aux œufs sont aussi succulentes. Quoiqu’il en soit, y aller en groupe, commander plein de plats, tout poser au milieu de la table, partager et goûter à tout. Le patron, M. Xue, est adorable.

Pour Pékin, il est difficile de recommander un restaurant si on n’habite pas sur place. Par contre, à Kaohsiung, la magnifique ville du Sud de Taiwan, je recommande un petit restau où on peut manger des raviolis, des galettes, des « oreilles de chat » (une préparation à base de farine de blé, miam, rien à voir avec les chats à part la forme), des cacahouètes molles, des concombres à l’ail, des petits snacks chinois typiques pas chers. Désolée, leur site est en chinois, mais les photos sont assez parlantes.

Et le restau n’est pas loin de l’incroyable temple de Qiming et de sa pagode Tigre et Dragon (je n’en dis pas plus, foncez-y).

Découvrez les romans de Chloé Cattelain : à mettre entre toutes les mains

Ma vie à la baguette (2015)

« Kevin et Michael Zhang filent droit sous la houlette de leur père. Au programme : études, études et études, même pendant les vacances passées à Pékin. Petite copine ? Soirée entre adolescents ? Pas prévus au programme. Impossible aussi pour les garçons de l’interroger sur leur mère récemment disparue ou d’obtenir des réponses sur leur famille maternelle qu’ils n’ont jamais rencontrée. Autant de silences que les deux frères vont briser, de Lille à Pékin. »

Ce premier roman vif et joyeux dessine le portrait d’adolescents entre deux cultures.

Coup de foudre à Pékin (2017)

« Clémence, passionnée depuis l’enfance par la langue et la culture chinoises, cuit sa mère nommée à Pékin. Dès la sortie de l’avion, la jeune fille a soif d’aventures. Plongée dans le quotidien des lycéens chinois, elle ira de surprise en surprise. Comment échapper à la gymnastique collective pendant la récréation du matin ? Comment faire la sieste dans une salle de classe ? Peut-on chanter à tue-tête une romance d’amour dans un parc public ? Et surtout : comment obtenir une bonne note en rangement de chaussures ? A ses côtés, pour relever ces défis, Marc, l’enfant d’expatriés et Yonggui, le jeune paysan venu étudier à la ville. »

Ce roman drôle et romantique nous transporte au cœur de la Chine et sa jeunesse.

Les livres de Chloé Cattelain sont disponibles à la Librairie du Phénix à Paris.

La littérature chinoise pour les débutants

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas la littérature chinoise (comme moi) voici 10 recommandations de lectures pour débutants par des auteurs chinois curated par Chloé Cattelain, qui, elle, en est friante :

« Les romans de Chi Li, auteure qui raconte le bouleversement des mœurs qu’a connu la Chine dans les années 80-90. Mes trois préférés : Soleil levant, qui narre l’arrivée d’un bébé dans une famille aux prises avec le contrôle communiste, les débuts de la société de consommation et les traditions ; Le Show de la vie, portrait d’une battante prête à tout pour protéger sa famille ; Triste vie, quotidien d’un trentenaire. Les romans de Chi Li ont cette particularité : ils montrent la Chine dans ses moindres recoins et ses particularités mais ont tous une portée universelle. Ces trois-là ont également une vraie touche d’humour (ne pas se fier au résumé !)

Le Vendeur de sang et Vivre de Yu Hua. Le deuxième relate le destin d’un homme dans la deuxième moitié du XXème siècle. La Chine en dix mots, du même auteur. Dix articles autour de mots, une réflexion de Yu Hua sur son pays, son histoire et l’écriture. A chaque mot, l’auteur nous raconte son expérience personnelle avec beaucoup d’humour.

Epouses et concubines de Su Tong, plongée dans la vie des épouses d’un riche Chinois, dont l’adaptation cinématographique de Zhang Yimou est une critique du pouvoir absolu.

Les Trois Rois, de A Cheng, et plus particulièrement les deux nouvelles « Le Roi des Arbres » et « Le Roi des enfants » qui racontent l’expérience d’un jeune instruit envoyé à la campagne pendant la Révolution Culturelle et qui sont aussi un hymne aux arbres et aux livres.

Le Rêve du village des Ding, de Yan Lianke, le récit de la contamination par le VIH de villages entiers, suite à la vente et au trafic de sang.

Feu et glace, de Wang Shuo, suit les pérégrinations poétiques de petits voyous pékinois.

La poésie classique chinoise est difficilement lisible en traduction car elle joue non seulement sur les sonorités mais aussi sur les caractères. Deux ouvrages permettent de s’y initier sans passer à côté de sa beauté.

Lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine. Avec un titre pareil, comment ne pas se précipiter dans ses pages ? C’est un ouvrage de Jacques Pimpaneau, une initiation à la Chine à travers ses plus belles poésies des Tang.

L’Ecriture poétique chinoise, François Cheng, pour comprendre et lire la poésie chinoise.

Ah, désolée, ça n’a rien à voir, mais en ce moment j’adore les bandes dessinées japonaises suivantes, et comme la nourriture y tient une place de choix, je me permets :

A nos amours, bande dessinée de Jean-Paul Nishi, qui raconte le quotidien de son couple franco-japonais, des repas (sacrilège du riz au lait !), au choix du prénom de bébé, à la difficulté de faire la bise correctement, un régal d’humour.

La Cantine de minuit, d’Abe Yoro, suite de chroniques tendres autour de plats japonais servis dans un petit resto qui ne paye pas de mine. Chaque mets est l’occasion de rencontrer un personnage de la nuit tokyoïte, marginal, hôtesse de bar ou salaryman au bout du rouleau. »

Merci Chloé !

Toutes les photos prises en Chine (c) Chloé Cattelain

4 comments

  1. Bonjour
    effectivement , ma fille qui est parti faire un voyage toute seule( j en reviens toujours pas qu’ elle est fait cette merveilleuse experience) au Japon sera certainement ravie pour noel avec les deux derniers livres sur vous citez
    mon mari et moi nous continurons pour l année 2018 de rester toutes vos adresses
    bonnes fêtes de fin d année

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