NOUNOUGATE : Comment une vidéo virale met le projecteur sur des préjugés envers la femme asiatique

On a tous vus ces derniers jours la vidéo qui a cassé l’Internet, cette interview de la BBC montrant des enfants qui illuminent le monologue très sérieux d’un professeur d’histoire. A première lecture, ce qui est magique, c’est le nombre de parents qui s’identifient au ridicule de la situation. Car les parents ont tous un jour ressenti ce malaise total où ta crédibilité est ratatinée par ta progéniture, tout éminent professeur d’université que tu sois ou pas. Tu sais, quand tu dis « aujourd’hui, je travaille de la maison » et que tu finis par répondre d’une main à des mails en jouant de l’autre à une partie de Uno, coiffée de barrettes Mon Petit Poney. Oui, ne nie pas, ça arrive à tout le monde.

Mais voilà, là où ça se corse, c’est quand tu lis les commentaires de la vidéo et tous les sites qui ont repris l’anecdote avec le sous-texte « homme blanc vidéobombé par ses enfants et fail de la nounou asiatique ». Le sous-texte est moins universel et humain quand un autre malaise prend le dessus. Car lorsqu’une femme fait son apparition dans la vidéo pour évacuer d’urgence les petits intrus et restaurer la respectabilité du père, elle est pour beaucoup, pour la plupart des internautes, qualifiée de « la nounou ».

« the Asian nanny » « the terrified nanny » « the help » «

Pourquoi une femme au faciès asiatique qui gère les enfants d’un homme blanc est, dans l’esprit du plus grand nombre sur les réseaux sociaux, considérée comme la nounou ? Parce que le raisonnement le plus logique, quand on voit une femme avec des enfants, ce n’est pas qu’elle est la marraine, la voisine, la tante ou la cousine éloignée… c’est que c’est d’abord la maman des enfants. Comme rien n’échappe à Internet, la femme en question a plus tard été identifiée comme étant la conjointe du professeur et la génitrice des gamin incrustes, mais le mal était dit, le cliché s’était bien étalé partout sur le web comme une tâche tenace qui ne part pas, même avec les meilleures excuses du monde. Comme celles de ceux qui ont plaidé l’« erreur de bonne foi »:

– Je vois plein de nounous asiatiques dans mon quotidien, donc j’ai pensé que c’était la nounou. C’est pas de ma faute, c’est pas du racisme, faut arrêter de voir du racisme partout, vous êtes parano ou quoi ?

L’absurdité du syllogisme « Il y a plein de nounous asiatiques, la femme est asiatique donc la femme asiatique est une nounou ».

– Moi, raciste ? Vous rigolez ? J’adore les nounous asiatiques. D’ailleurs, quand j’ai cherché une nounou, j’ai d’abord voulu une nounou philippine, elles sont douces avec les petits, elles leur parlent anglais, elles acceptent de faire du babysitting le soir et les week-ends, elles font bien à manger et elles sont honnêtes. Elles sont vraiment mieux que les autres.

Le mythe de la « minorité modèle » appliqué à la nounou philippine enfermée dans ses stéréotypes positifs.

On nage en pleine influence des préjugés raciaux « de bonne foi » « avec des bonnes intentions » qui pavent notre enfer et qui ont nié à cette femme le privilège d’être considérée d’abord comme la mère de ses propres enfants et l’ont réduite le temps de sa « Internet fame » à l’employée de son mari. J’espère que leur couple n’a pas lu ces commentaires, entre « la nounou est paniquée de perdre son travail » et « on dirait le visage d’une femme battue », c’est Internet tout puissant qui crache sa décomplexion derrière son écran, qui fait et qui défait les apparences trompées.

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