CA RESTE ENTRE NOUS : l’épisode pilote sur l’image de la femme asiatique

 

 

Mes bananes : je suis fière de vous présenter mon dernier bébé : l’épisode pilote d’un nouveau concept audiovisuel qui s’appelle « Ca reste entre nous » et qui porte sur l’une de mes thématiques de prédilection, vous le savez certainement si vous me lisez depuis un petit moment : l’image de la femme asiatique. « Ca reste entre nous », c’est un concept qu’on a imaginé avec une copine, Irène Nam, au détour d’un déjeuner en tête-à-tête. On se disait qu’il n’existait pas encore de programme qui donnent la parole aux Asiatiques de France sur des sujets qui les touchent. Par les Asiatiques pour les Asiatiques. Comme on a plein de choses à dire et qu’on est des pipelettes, ce jour-là, on parlait de choses et d’autres, on se marrait bien et puis s’est dit qu’on aimerait bien voir à l’écran des filles comme nous discuter tranquillement autour d’une table de sujets qui nous concernent, comme celui la femme asiatique.

On en a rêvé et on l’a fait. Avec Irène, Française d’origine Sud-Coréenne. Shanshan venue du Hebei de Chine en France en passant par la Pologne. Boulomsouk, née à Ventiane au Laos et parisienne de cœur. Et moi, votre humble blogueuse aux couleurs Chinoise-Cambogdienne-Française. En tant que femmes asiatiques de tous bords, on en a vu des vertes et des pas mûres. Parce que la femme asiatique dans l’imaginaire collectif de la France, de Hollywood, du monde occidental, est un personnage stéréotypé, réduit, déformé. Le portrait de la femme asiatique serait souvent celui d’une femme douce, docile, soumise, souriante et joyeuse, câline et pas farouche, douée de talents de masseuse, avec un corps souple qui lui permet de faire le Cirque du Soleil, dotée d’un organe bien serré qui la fait marcher à Belleville, qui respecte la figure mâle et lui parle avec révérence, une de ces habitudes qui se perdent de nos jours, qui élève bien ses enfants, car elle est une bonne mère, une mère-tigre sacrificielle, organisée et autoritaire.

Vous la connaissez cette femme asiatique ? Eh bien, pas moi. Et aucune de mes copines ne correspond à cet avis de recherche non plus. Ni Irène, ni Shanshan, ni Boulomsouk. Cette femme asiatique est un fantasme, elle n’existe pas. Elle a été créée de toutes pièces et modelée à souhait, aux souhaits d’hommes, un mix hérité du temps béni des colonies, des bordels militaires, des restes de la Tonkinoise exotique et dénudée qui faisait rêver les aventureux en mal de conquêtes, de l’imagerie exubérante des mangas japonais, des caricatures bien ancrées qu’on nous sert dans les publicités, de la femme Obao qui vend du gel douche à poil avec une musique de cithare aux soirées de l’ambassadeur adepte de Ferrero Rocher 好吃极了.

Depuis que j’ai l’âge de regarder la télévision (c’est à dire, très tôt), j’avais secrètement espéré voir à l’écran des personnes qui me ressemblent. Je l’ai réalisé plus tard, surtout quand j’ai eu désespérément besoin de trouver plus de confiance en moi dans ma vie d’adolescente, de femme, de mère, que c’était de la plus haute importante pour mes yeux de petite fille d’admirer des femmes qui me ressemblent et de grandir avec des représentations justes de mon héritage culturel. Ne vous méprenez pas : je peux m’identifier et je me suis identifiée à des femmes qui ne me ressemblaient pas, je n’en suis pas morte, je n’ai pas eu le choix. Contrairement à la croyance populaire, cela ne m’a pas rendue plus forte, bien au contraire. Hélène et ses garçons, Carrie Bradshaw et ses cops, Rachel Green et sa bande. Je me rappelle que quand j’ai vu Ling Woo pour la première fois, ça m’a fait un électrochoc de malade. Quand j’ai vu Cristina Yang pour la première fois, j’étais heureuse, radieuse, je l’aimais d’amour ! Déjà, elles parlaient sans accent. Elles n’étaient pas ceinture noire d’arts martiaux. Elles étaient normales, quoi. Enfin, presque. Elles avaient un grain, c’est certain. Et même si leur rôles s’inspiraient du cliché rabâché de « Dragon Lady » ultracarriériste et prédatrice d’hommes hypersexualisée, qu’importe ! Je pouvais les admirer sans retenue, me projeter dans leurs personnages et rêver de devenir une femme forte comme elles. Parce que l’accent chinois et les arts martiaux, comme perspectives d’avenir, ça ne m’intéressait pas. Oh mais pas du tout. Mais voilà, voir des Asiatiques dans des rôles et des personnages de la vie courante à la télévision et au cinéma, justement ce n’était pas si courant. Et ça ne l’est toujours pas en 2017. Je ne vous parle pas du cinéma importé avec des sous-titres, du Wong Kar Wai d’auteur, du chouchou de Télérama, de la salle d’arts et essai où il n’y a jamais la queue. Je vous parle de la programmation à l’UGC du coin dont on parle le lundi à la machine à café de France et de Navarre. De films comme Ghost In The Shell, Dr. Strange, Aloha, La Grande Muraille.

En attendant que la société fasse la peau à l’appropriation culturelle, au Whitewashing et au racisme ordinaire, avec les copines, on a voulu jeter la pierre aux clichés sur la femme asiatique. On a voulu faire un simple « tour de table ».Dans « Ca reste entre nous », c’est pas de la fiction, c’est la vrai vie. Chacune livre son expérience avec sincérité et on espère qu’avec nos témoignages, une certaine diversité, la diversité de ces quatre femmes asiatiques, crèvera l’écran. Nous sommes toutes différentes et citoyennes du monde. Nous sommes des voix diverses et variées.

Car la femme asiatique unique n’existe pas. Nous sommes toutes uniques en notre genre.

Vous pouvez voir « Ca reste entre nous » sur l’image de la femme asiatique en ligne en cliquant sur le lien ci-dessous. Et si vous aimez notre concept « Ca reste entre nous », liker, partagez, soutenez-nous ! Faites buzzer le #CaResteEntreNous !

Qui dit épisode-pilote dit qu’on cherche des sous pour en faire d’autres, sur plein de sujets qui nous concernent et nous touchent. Comme l’image de l’homme asiatique, le Whitewashing, l’éducation de nos enfants, l’apprentissage de la langue…Sky Is The Limit !

Pour fêter la sortie de « Ca reste entre nous », nous organisons une diffusion-débat, l’occasion de se rencontrer et d’échanger, enrichir nos points de vue et de rendre perfectible ce coup d’essai. Ca se passe le dimanche 19 février 2017 à 16h au Goku Asian Canteen, là où nous avons tourné cet épisode. Venez nombreux.ses !

Merci mes bananes et à très bientôt xooxoo

 

« Ca Reste Entre Nous »

Episode pilote : l’image de la femme asiatique

#CaResteEntreNous

Merci à Irène Nam pour la production. Merci à Shanshan et Boulomsouk qui ont accepté de témoigner. Merci à Illoyd Campos, Arnaud, Samantha, Vanida, au Goku Asian Canteen. Merci à Keystone Live qui a cru en ce projet.

10 comments

  1. En tant que Française à la tête bien française je suis pas la cible mais ça fait plaisir quand même de voir ce genre d’initiatives! J’en ai marre de voir le racisme ordinaire contre les Asiatiques à ce point banalisé.

    • Merci Anna ! Ton soutien me touche. C’est lorsque non seulement les Asiatiques oseront s’en indigner et que les non-Asiatiques nous soutiendront pour que la société tout entière soit plus juste que nous obtiendrons gain de cause. La route est longue et every little helps, Alors merci !

    • Ce documentaire fait partie des classiques sur la question ! Le travail de Sophie Bredier est excellent. J’ai eu le grand honneur de la rencontrer et c’est une femme inspirante.

    • Je ne te jette pas la pierre. Ton imaginaire a peut-être été pétri et influencé par des images véhiculées dans l’inconscient collectif représentant l’homme asiatique comme un être non-viril, un outil performant pour le travail mais indigne d’amour pour les femmes d’un certain rang, imagerie héritée des colonies et du code de l’indigénat en Indochine. Ce sont des vestiges du passé qui sont très présent dans notre quotidien et génèrent souffrances et colère. Une représentation juste des hommes asiatiques sera l’objet de notre prochain épisode si nous trouvons les sous pour le financer.

  2. Hello Grâce merci pour cette vidéo, cela me parle évidemment… Les idées reçues sont encore très fortes, mais c’est grâce à ce genre d’initiative qu’on nous renverra, enfin, une image fidèle à ce que nous sommes : complexes, multiples et différentes les unes des autres !!! Je t’embrasse

    • Pas à pas, nous ferons de ce monde un monde meilleur, pour nous, pour nos enfants, où tous seront libres d’être qui nous voulons être. C’est beau de rêver! Merci Vim pour ton soutien.

  3. Bravo. C’est toujours bon de bousculer les idées reçues car la double culture est une chance, un atout non en handicap. Nous sommes au 21ème siècle il est grand temps de dépoussiérer les stéréotypes, notre pays est multi-etnique et toutes les grandes métropoles sont à cette image (Paris, Lyon, Marseille).
    J’ai hâte de découvrir la suite de « ça reste entre nous ».

    • Kathy, merci beaucoup pour ton enthousiasme et ton soutien. On en a bien besoin ! Tu as tout a fait raison, la double-culture est une richesse pour ceux qui en sont récipiendaires et tous ceux qui les côtoient, notre beau pays et au-delà. Merci d’avoir regardé et j’espère qu’on se recroisera au prochain épisode pour de nouvelles aventures. J’ai toujours voulu dire ça. #TOBECONTINUED

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