YOOM : DIM SUM, CAVIAR ET BLING

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Je ne vais pas vous refaire le storytelling de Mickaël, petit dernier issu d’une grande famille qui se distingue d’Armen, son père, par sa passion pour les raviolis chinois. Il suffit de lire la succes story sur tous les blogs, magazines, journaux mainstream qui ont ou vont chroniquer l’une des 5 adresses de Yoom Dim Sum ouvertes en 5 ans. A ce rythme, la prochaine génération du groupe Pétrossian va naître avec des baguettes en argent dans la bouche.

Au fond, je la trouve plutôt belle cette histoire. Un fils de riche diplômé en finance expatrié à Hong Kong qui s’amourache de la cuisine locale et prend le pari de la faire découvrir à ses compatriotes à son retour en France. C’est beau, c’est chouette. L’entre-soi n’a jamais réussi à personne, j’ai d’abord pensé que c’était une aubaine pour la cuisine chinoise d’avoir pour ambassadeur en France le prince intercontinental du caviar. Ca me conforte dans l’idée que nos cuisines sont faites pour s’entendre, les plus belles cuisines du monde.

La première fois que j’ai goûté à la cuisine de Yoom Dim Sum, c’était à leur première adresse rue des Martyrs il y a quelques années. J’ai tout de suite compris que je n’étais pas la cible. La déco qui déchire, avec tous les codes de la food moderne de Paris, Londres, Brooklyn y étaient réunis. Des murs de couleurs, des matériaux contemporains et des motifs fleuris, un peu comme dans un film de Wong Kar Wai, mais avec Romain Duris. C’est sûr, qu’à Chinatown, on ne fait pas le poids.

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Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

J’aimais bien les assiettes signature frappées de vieilles cartes postales chinoises façon « I Love Révolution Culturelle ». Elles étaient aussi disponibles à la vente, évidemment, ambitions de groupe obligent. Le livre écrit par Mickaël Pétrossian himself était exposé sur le comptoir et pouvait être commandé avec une fournée de vapeur. Mais le titre « Dim Sum comme à Hong Kong » m’est resté en travers de la gorge. Ca jurait un peu à côté des bouchées poulet-satay et les raviolis à la tarte tatin.

Franchement, je ne vais pas vous mentir. Je suis une enfant de Chinatown et des bouis-bouis à 5 euros, mais Chez Yoom, j’ai trouvé ça plutôt bon. Les produits sont frais. Les créations sont originales. OK, ce qui est mensonger, c’est de faire passer leurs dim sum pour des produits authentiques et diététiques. C’est aussi legit qu’un Chiponais et efficace qu’un régime amaigrissant au sushi saumon. Chez les Cantonais, le brunch aux dim sum est un repas familial, populaire, pas trop cher et l’un des repas les plus fat. C’est probablement pour ça qu’on l’arrose de thé chaud, pour tenter de brûler la graisse au passage et qu’on l’appelle le Yum Cha, le repas où l’on « boit du thé ».

Je ne vais pas surprendre non plus en constatant que Yoom Dim Sum est venu combler un vide à Paris. Quand on me pose la question « T’as un bon restaurant de dim sum à nous recommander ? », je suis embarrassée. L’offre dim sum des Chinatowns de notre capitale est assez pourrie. Aujourd’hui, tout sort de la même usine, à la chaîne, parfois ça n’a pas fini de décongeler quand ça arrive sur la table. C’est bien fini le temps des chariots poussés dans les allées du New Nioulaville où on commandait à la dame avant d’aller jeter une pièce dans la fontaine aux poissons rouges. On a bien quelques restaurants de raviolis, très bons au demeurant, mais les raviolis bouillis ou grillés du Nord, c’est pas des dim sum du Sud. Ah ça, non, sacrilège. On a bien des étoilés qui font des super trucs comme le Shang Palace mais il faut hypothéquer sa maison pour y déjeuner. Un billet A/R Eurostar plus un éclatage de panse à Royal China à Londres est plus économique.

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Donc quand ma copine journaliste m’a proposé de l’accompagner pour goûter à la nouvelle carte estivale de Yoom Dim Sum, je me suis dit pourquoi pas. Je ne suis pas la cible mais je ne suis pas contre. Je ne suis pas contre quand c’est bon. Des nems aux légumes, au bœuf-saté, au poulet-citronnelle. Des bao aux légumes et à la viande. Des raviolis variés, une salade façon « Caesar Salade » avec du poulet satay et une sauce au lait de coco inspirée du kare lomen thaï avec des accents de citronnelle, galanga, paprika. Des nouilles dan dan avec de la sauce épaisse à la cacahuètes et une touche d’épices.

Et oui, c’était plutôt bon et bien fait. Mais, en vrai, pour moi, Yoom Dim Sum, c’est un peu la chaîne Costes de la cuisine asiatique. Hélas, un peu fade côté feeling. A 4,50 euros le bao (c’est encore plus cher que chez Yam‘tcha Boutique d’Adeline Grattard), 6,70 euros les 3 nems aux légumes, 6,20 euros les 2 xiao long bao au porc et 4 euros le bol de riz blanc. Même en fixant intensément au mur la photo de « street food » à Macau, on a beaucoup de mal à se télétransporter.

Chez Yoom, chaîne de restaurant asiatique à Paris

Non, ce qui me chagrine le plus, chez Yoom, comme chez Miss Ko ou chez Buddha Bar ou ces enseignes parisiennes qui ont décidé de détourner les codes asiatiques pour les exploiter à leur sauce, la cuisine populaire condiment caviar, le stand de rue à l’exhausteur Starck, le racolage spirituel avec un arrière-goût tantrique, ce qui me chagrine, c’est face aux gros sous, comment on fait pour lutter à Chinatown ? Bon, faudrait peut-être bien qu’on commence juste par faire.

Yoom, 5 adresses à Paris : Batignolles, Saint-Germain des Prés, Rue des Martyrs, Galeries Lafayette et Place Saint Sulpice.

5 comments

  1. Ce qu’on peut faire c’est utiliser les mêmes outils que ceux qui ont des capitaux. Parceque oui finalement la communication via les réseaux sociaux, l’evenementiel via Yelp, le bouche à oreil grâce à un service irréprochable ça construit une identité accessible même si on a pas de thunes. Ça demande des efforts, des nouvelles façons de travailler bien loin de celles de nos parents. Mais le numerique est peut être une chance de faire rentrer le petit boui boui dans la cour des grands, ou au moins sur le devant de la scene médiatique et culinaire. Le petit Cambodge me semble être une réussite d’un enfant de Chinatown. Je ne sais pas je regarde votre scene culinaire depuis ma province lyonnaise. Mais nous à Lyon on y arrive un peu a moderniser l’offre asiatique avec des enfants de Chinatown.

      • Bonjour Philippe, j’aime votre enthousiasme et votre vision dynamique. Oui, bien sûr, il y a énormément de belles initiatives et de projets de la Seconde et de la Première Génération qui utilisent les réseaux sociaux, la communication moderne. Si vous venez sur Paris, le Siseng est une belle enclave hipster sur le Canal, le Trois Fois Plus de Piment sur Saint-Martin fait venir les Parisiens pour tester le poivre de Sichuan ou encore Le Camion Bol, le food truck de la Miss Nathalie Nguyen vend du banh mi comme des petits pains. Bien sûr qu’il existe de nombreuses réussites homemade et c’est tant mieux. Mais tout cela reste très (trop) modeste face aux Yoom de ce monde. 5 adresses ouvertes en 5 ans, ça fait une certaine capacité d’emprunt à la banque et ça, c’est pas le système D et le bouche-à-oreilles qui vont y changer quoi que ce soit.

    • Toi aussi, t’as connu les joies du Nioulaville. Les petits chariots et les petites dames. Ah ouais, on on du s’y croiser en couches-culottes. Enfin, avec les culottes trouées au milieu 😉

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