LA MARCHEUSE, CINEMA-VERITE A BELLEVILLE

 

La Marcheuse de Naël Marandin

Encore un film sur les Chinois de Belleville avec en fil conducteur la prostitution sur le Boulevard de la Villette ? Avec Shanghai Belleville, sorti plus tôt cet hiver, et maintenant le film La Marcheuse, on part en immersion totale dans la vie de ces femmes qui paradent sur ces trottoirs familiers, entre Best tofu et Chen Market.

Pourquoi le (re)voir ?

J’ai pris une GROSSE CLAQUE avec La Marcheuse. Comment faire d’un sujet complètement déprimant sur le papier (le quotidien d’une prostituée sans papiers qui élève seule sa fille adolescente en début de crise chez un vieux paraplégique en logement contre services) un film porté sur le charnel, le rapports des corps, sans AUCUN STEREOTYPE, d’une grande force émotionnelle. Ca monte, c’est angoissant, pas d’issue, mais comment va-t-elle faire ? Un peu d’espoir à peine, et boum.

Il y a le sexe, bien sûr. Celui qui est tarifé d’avance, celui qui est négocié au fur et à mesure d’une relation, entre une prostituée et son futur mari « français » ou avec un flic contre une faveur. Mais il y aussi le désir balbutiant d’une enfant, le vieux corps amoindri du logeur, la violence physique des relations et les coups de poker de la vie. Le regard humain du réalisateur Naël Marandin se retrouve dans chaque scène qui met en situation ces femmes dans la détresse, dans l’impasse, prises dans un engrenage qui les dépasse et qui nous dépasse, passants, autorités, opinion publique.

La Marcheuse leur donne une voix, crue et réaliste. Pour beaucoup originaires de la région du Dongbei au Nord-Est de la Chine, les prostituées de Belleville sont des mères, des copines, des conjointes, des enfants de quelqu’un resté au pays. Leur vie d’avant, un souvenir désormais lointain de leur emploi dans les usines d’état qui ont connu une vague de fermetures à décomposer le plus ingénieux des Ministres du redressement productif. Il n’y a pas de mac qui les fait chanter, mais ce n’est pas non plus le choix de la facilité. Leur insertion en France est quasi-impossible sans réseau professionnel. Car les Chinois de France ne sont pas tous solidaires. Comme on ne se ressemble pas tous.

La Marcheuse de Naël Marandin - Vito Films

Mes scènes préférées

Les dialogues entre prostituées sont des bijoux

« Joyeux anniversaire, je te souhaite plein de clients sans MST ».

A voir absolument ! Faites nous encore plein de films sur les Chinois de France.

La Marcheuse de Naël Marandin

La Marcheuse, de Naël Marandin avec Qiu Lan (Lin Aiyu), Yannick Choirat (le voisin), Louise Chen (la fille Cerise, elle CREVE l’écran, un GRAND talent en devenir), Philippe Laudenbach (le vieux). 2015, Folamour Productions et Vito Films, distribution Rezo Films.

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