LA TRIBU DES FOURMIS, CHEZ LES GALERIENS DE LA CROISSANCE CHINOISE

La Tribu Des Fourmis

今天明天 La Tribu des Fourmis (2014) Réalisé par Yang Huilong Avec Kailing Tang, Yao Shu, Daotie Wang. Distribution Jupiter Films. En salles le 6 mai 2014

Pourquoi j’ai envie de le (re)voir :

Quand on pense à l’économie chinoise, on pense croissance à 2 chiffres, le plus grand club des milliardaires du monde, la promesse d’un eldorado sans nuage pour ceux qui arrivent à s’emparer d’une part de gâteau du juteux marché chinois. La Chine, dans nos esprits d’Occidentaux, c’est money money money bling bling.

La Tribu des Fourmis, avec ses images esthétiques et réalistes tournées à la manière documentaire, nous fait passer derrière le carton-pâte des gratte-ciels de Beijing. Ici, pas de flagship LV ou de 18 trous. Wang Xu, Ran Ran et Xiao Jie vivent le rêve chinois les pieds empêtrés dans les ordures jonchant le sol et les sacs plastiques qui virevoltent après usage unique, se faufilant tant bien que mal entre les arnaques à la petite semaine et le linge humide qui pend au premier tuyau venu.

Son truc à elle, c’est la mode, mais elle est la petite main d’un tailleur de quartier qui la coince dans un recoin de son atelier à chaque occasion pour la peloter, sans qu’elle puisse envisager un seul moment de lâcher ce job qui lui permet de nourrir son copain chômeur longue durée et de payer leur chambre pourrie aux murs si fins que leur voisin s’invite chaque soir dans leur lit.

Des jeunes diplômés de l’université chinoise qui galèrent en vivotant dans une précarité transitoire qui perdure. Ils sont seuls, loin de leur famille qui a tout sacrifié pour leurs études. Ils ne peuvent pas rentrer les mains vides, ils n’ont pas le droit à l’échec. On les appelle les « fourmis » 蚁族, intelligents mais faibles, conscients de leur condition. Ils n’ont même pas commencé à vivre que certains n’ont déjà plus envie de continuer.

Au fond de mon siège, je me sens totalement oppressée par cette violence de la société chinoise, une vie sans filet, obnubilée par le profit.

Gagner de l’argent ! Gagner de l’argent ! Avoir une voiture et une maison !

Pour un Jack Ma, combien de fourmis ?

Ma scène préférée :

A la nuit tombée, chaque soir après le boulot, Ran Ran oublie les avances indécentes de son patron. Elle oublie les contrariétés de son couple. Elle oublie sa vie de merde. En rentrant chez elle, Ran Ran coud à petits coups sa robe rose à volants sur son stockman, symbole de son identité, son rêve qu’elle ne veut absolument pas perdre de vue dans ce tourbillon de gris. Peu importe la vitesse à laquelle tu avances, l’essentiel est de ne pas t’arrêter. Et un jour, tada ! La robe est terminée. Telle Cendrillon dans sa robe de bal, Ran Ran danse tout autour de sa citrouille éventrée, au travers du linge humide qui pend aux tuyaux et au son des voisins qui chantent au karaoké.

Un gramme de poésie de ce monde de business.

0 comments

  1. Tout à fait! C’est une peinture réaliste de jeunes Chinois sympas et attachants, bien éloignés du « miracle économique » et du bling bling; j’apprends le Chinois, et c’est tout à fait le genre de personnes que je souhaite rencontrer…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *