LE PREMIER VOYAGE

maman-angkor2J’ai toujours voulu faire ce voyage.

Quand j’étais gamine, en écoutant les grands parler de cette terre lointaine où ils ont fui leur maison, quitté leurs aimés, perdu les certitudes de leur vie d’avant.

Quand on me disait « Toi, tu es d’ici », en me demandant quel effet ça me ferait d’aller là où ma Maman est née.

Quand elle me racontait ses histoires, en m’imaginant là où elle avait grandi, les paysages de son enfance, les rues où elle courait pieds nus.

Quand elle me sermonnait de son sempiternel « A mon époque, ça ne se passait pas comme ça », en y répondant juste par un grand soupir, comme savent si bien faire les adolescents.

Quand je cherchais à savoir qui j’étais, si chez moi, c’était ici ou là-bas.

Quand elle me soufflait « J’étais belle quand j’étais jeune, tu sais ». Tu es toujours la plus belle, Maman.

Quand je suis triste et que je pense à elle. Peut-être que je la croiserais en prenant le chemin inverse du sien.

maman-angkor danseuse-cambodgiennemaman-lycee-sisowath-cambodgeJ’ai toujours voulu faire ce voyage, aussi longtemps que je me souvienne.

Et comme j’ai été très sage cette année, le Père Noël emmène toute notre famille sur son traîneau.

Le plus beau des cadeaux, chargé en émotions et souvenirs.

Décollage le 25 décembre.

J-13.

J’ai tellement hâte. Mais j’ai aussi tellement peur. Un sentiment extraordinaire que j’ai du mal à contenir, et encore moins décrire.

Je suis prête. Et je ne vais pas en perdre une seule miette.

Stay tuned.

PS : Si vous l’avez déjà vécu, je veux bien que vous me racontiez votre premier voyage. Merci. xoxo

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0 comments

  1. Pingback: CAMBODIAN DAUGHTER | La Petite Banane

    • Oh merci Miss Tâm pour ton récit, tu m’as transportée quelques instants avec toi dans ton univers et j’ai même cru humer les bonnes effluves de ta cuisine et des plats vietnamiens de ton pays d’origine… Merci ! Très bonne année 2014 à toi également, je te souhaite beaucoup de réussite dans les projets qui te tiennent à coeur. Plein de bises et à très vite !

  2. Ma chère Grace,
    Tout d’abord, une très belle année pour toi et ta famille remplie de bonheur et de sérénité ! Puissent tes projets les plus fous, tes désirs les plus forts se réaliser !
    J’ai beaucoup pensé à toi durant ces fêtes, à tout ce que tu as pu ressentir en allant sur les terres de tes ancêtres, sur la trace de ta mère.
    Nous avons un point commun, même si je suis vietnamienne, ma mère était née à Phnom Penh. Mais elle est partie vivre au Vietnam avec toute sa famille quelques années plus tard. C’est une partie que je ne connais pas très bien de la vie de ma mère (décédée depuis).
    Mon premier contact avec le Vietnam a été bouleversant. Dans l’avion, je pleurais… d’émotion, de joie. J’étais arrivée de nuit à Saigon. Dès la sortie de l’aéroport, je sentais le chaud et l’humidité si étranges et paradoxalement si familières à la fois me couvrir. J’ai fermé les yeux pour m’en imprégner, savourer ce temps suspendu. J’ai pleuré de joie. Tout me paraissait naturel, évident. Le bruit, la rumeur de la ville, la foule, même traverser la rue et me frayer un chemin parmi les voitures et les motos, me paraissait naturel. Un peu comme si je rentrais à la maison… Et pourtant, je suis bien née à Paris.
    J’ai l’avantage de parler couramment le vietnamien, sans accent. Je pouvais presque me fondre dans le paysage, sauf par mon attitude et mon habillement. Mais j’ai été bien accueillie par mes compatriotes. Même l’humour taquin des Vietnamiens (du sud) m’était naturel. J’y répondais avec aisance alors qu’en France, je n’ai aucun sens de la répartie. C’est très troublant de se sentir à l’aise pour certaines choses dans son pays natal, et d’autres dans son pays d’origine. Ne ressens-tu pas cela parfois ?
    J’ai vraiment hâte de lire tes impressions sur les retrouvailles avec ton pays d’origine, et de te revoir très vite.
    Je t’embrasse très fort.

  3. I love the vintage photos you have of your mommy. They are the best I have ever seen. I wish all the Khmer immigrants around the world would compile memorable things and publish a photo book about them..and even share their stories. I wish I could understand French better…anyway..it’s beautiful..i hope you could visit Cambodia one of these days.

    • Dear Sovathary, I love your country, our country. For the first time here, people have asked me why I don’t speak Cambodian. And I didn’t know what to answer. Except, I’ll get on to it ! I love your blog, you have a beautiful eye and you see beautiful things. I am now writing from Phnom Penh and I see beautiful things too. I am going to write about them, because I, too am a Cambodian Daugther.

      • You’re a true Cambodian Daughter, it doesn’t matter whether you can speak the language or not as long as your heart is Cambodian. I hope you enjoy your time in here. Your words have encouraged me to share more about our country. so thank you too 🙂

  4. Bonjour,
    en ce qui me concerne… c’était en 1990, une éternité… au Vietnam, c’était déjà le temps de vivre mais encore celui des restrictions de l’époque et des privations ( le Vietnam commençait à être auto-suffisant en riz à nouveau…, il y avait un permis pour circuler etc… ): mon premier voyage sur la terre de mes ancêtres, comme on dit entre nous, et pêle-mêle… des flashes… lorsqu’on va se prosterner devant les tombes familiales au village et invoquer dans la fumée d’encens les disparus, quand on est présenté devant une multitude de personnes issues de la parentèle. Depuis… seulement deux autres voyages… car revenir dans son pays d’origine est une chose si personnelle, si intense à appréhender, à vivre que je l’ai vécu avec bonheur et une émotion dont je me rappelle presque chaque instant, tant c’est fort… J’avoue avoir été ému aux larmes à de nombreuses reprises. Depuis, j’ai beaucoup mieux compris mes parents, le cheminement de leur pensée et leur sens du devoir, si prégnant la bas.
    Bon voyage.

    • Intensité. Ton récit en reste imprégné comme si c’était hier. Merci Philippe d’avoir partagé ces souvenirs, si jntimes et si proches de ce que j’imagine. J-2 pour moi. J’espère du fond de mon coeur que mon voyage sera aussi puissant en émotions qu’il l’a été pour toi. Ca me rappelle un peu l’effet que ça m’a fait de réussir à reproduire la soupe Phnom Penh dans ma cuisine. Mon père s’était même resservi. Double bingo. C’est donc la deuxième fois que tu interviens pour m’aider à faire un bout de chemin en direction de la terre de mes ancêtres. Merci mille fois (pour ceux que ça intéresse, la recette de la délicieuse soupe Phnom Penh du blog Canard du Mékong se trouve ici http://www.canardumekong.com/2011/04/soupe-phnom-penh.html)

  5. Hé bien les amis, je trouve que vous avez beaucoup de courage car personnellement je suis incapable de retourner à Saigon ou Cholon (où je suis née). J’appréhende la constatation des changements causés par le passage des partisans de HCM ; je préfère garder mes souvenirs d’enfance intacts. Par contre, je suis avec intérêt les expériences des uns et des autres.

    MK

    • Merci MK pour ton témoignage. Je te comprend, ça ne fait pas que du bien de remuer les vieux souvenirs, surtout ceux qui sont encore douloureux. Mon père n’était pas très chaud pour ce voyage, mais en famille avec ses enfants et ses petits-enfants, c’est un peu plus simple que seul avec sa mémoire.

  6. Oh lala quel beau voyage. Moi aussi comme ma soeur je n ai pas le courage d y aller et j ai tellement peur des moustiques 😉

    Tu nous raconteras ton merveilleux voyage a ton retour autour d un bon plat cambodgien….

    Ta maman etait tres belle et elle devait etre tres fiere d avoir des enfants comme vous.

    Bises et je compte sur toi pour gouter a la specialite de la bas : l enorme araigne .

    • Les araignées frites, je compte bien y gouter ! Et si y’a des moustiques au menu, je les prendrais aussi, pour me venger 😉 Merci Little Asoy pour ton message et tes gentils mots. A très bientôt en 2014 autour d’une bonne soupe dans Chinatown.

  7. Je suis très heureux pour toi et j’ai hâte de lire tes impressions. En ce qui me concerne, j’ai, d’une certaine façon, utilisé les miennes dans « Cabaret Jaune Citron », même si c’est une fiction, mais l’essence de ce que j’ai ressenti y est… Tu me diras si tu y retrouves des choses communes après ton retour.

    Bisous

  8. J’adore les photos de ta maman à Angkor, cela me fait pensait aux photos que mon père avait prises lors dans les années 60. Cela me rappelle aussi que nous partageons des origines communes…
    J’ai emmené mon chéri au Cambodge en octobre 2013. Le pays a déjà beaucoup changé depuis mon premier voyage en 1991. Ceci dit, le Cambodge reste un magnifique endroit peuplé de gens d’une grande gentillesse. Espérons que l’argent facile du tourisme et les investissements chinois ne lui fassent pas perdre son âme.
    Profite bien de ce voyage, il te permettra aussi de mieux comprendre l’environnement dans lequel ta maman a grandi. Le lycée Sisowath est très renommée!

    • J’aimerais beaucoup voir les clichés de ton père, ils doivent être de vrais trésors. Aujourd’hui, on mitraille avec nos appareils numériques et nos enfants se retrouveront avec des disques durs. Nettement moins poétique que ces mémoires couchées sur du papier photo que leurs yeux ont touché, chéri et élimé… Quelle chance d’avoir vu le Cambodge avec 20 ans d’écart, tu dois vraiment pouvoir ressentir le changement, parfois en bien, et hélas parfois en moins. Nous irons sans faute voir le Lycée Sisowath où étudiait ma Maman et aussi le Lycée Descartes, où étudiait mon Papa. Pèlerinage en vue ! Et oui, nous partageons des origines communes et tellement de souvenirs. Les années passent et ils me sont de plus en plus chers. J’arrête, je vais tomber dans le sentimentalisme, je parle comme une petite vieille. Merci copine pour ce saut dans le temps.

  9. Ma ptite Grace, ton article est superbe. Et ta maman était magnifique. J’ai toujours rêvé d’y aller, mais je n’en ai pas le courage. Sois forte ma copine. Et surtout profite de chaque instant sur place pour remonter le temps. Bisous ma copine.

    • Merci copine, merci pour ce message et tous ceux que tu me laisses au fil des billets sur le blog, ça veut dire beaucoup ! Comme je te comprend, car du courage, il nous en a fallu énormément pour décider de ce voyage. Maintenant que ça, c’est fait, reste à savoir s’il m’en reste pour pousser encore un peu plus loin. Comme on dit, les choses viennent toujours à point. Et si un jour, c’est ton tour, je suis sûre que tu verras les signes. Bises xxx

  10. Bravo pour ce billet, Ma ptite Banane. Et que ce voyage t’inspire et te donne les mots pour nous raconter la suite de l’histoire tant attendue 🙂 !

  11. Bonsoir,
    Je n’y suis jamais allée ,dans cette vie,mais sûrement dans une autre;-)). Bref, je suis très , mais sincèrement , très heureuse pour vous. Je souhaite que vous viviez un moment intense d’émotion , à la hauteur de vos attentes!chaque moment de vie est un moment unique, savourez celui là.Cecile

  12. Alors je te souhaite un très très beau premier voyage. Pour moi, je suis allée pour la 1ère fois au Vietnam en 1991… A l’époque les famines n’étaient encore pas si loin.. De l’Asie je ne connaissais que la Thailande où les odeurs parfois me disaient que j’étais proche d’un terrain connu. Lorsque je suis donc allée au Vietnam pour la 1ère fois, malgré l’excitation je pensais que ce serait comme la Thailande, en un peu plus fort.. Que j’irais chercher les signes connus, la preuve que j’avais un peu d’Asie en moi.. Ce voyage a été le premier d’une longue série, où j’ai découvert que j’étais totalement imprégnée de ce pays. La compréhension immédiate, au delà de la langue, la manière d’appréhender l’environnement, et les autres était totalement culturelle, et transmise à mon insu (!) par mes parents…. Je me sentais plus vietnamienne que les « Français » avec qui je voyageais, m’étonnais de leur étonnement…m’agaçait de leurs moqueries ou incompréhensions…J’ai pris conscience à ce moment que je n’étais pas « française d’origine vietnamienne », ou plutot que c’était bien plus complexe que ça.. Etre à cheval sur 2 cultures, quoi de plus banal aujourd’hui,. En même temps ça a été un voyage extraordinaire, que je poursuis aujourd’hui en faisant le pont constamment entre 2 cultures. Je pense que ce qui m’a le plus frappée c’est de prendre conscience à quel point mes parents s’étaient adaptés à la culture française.. J’étais incrédule les premières heures, désorientée, essayant d’imaginer qu’ils avaient grandi dans ces rues… que ce qui me paraissait si nouveau et différent étaient inscrits en eux.. J’ai mesuré la distance qu’ils avaient parcourue… Très beau voyage à toi et ta famille. C’est un sublime cadeau de Noel.. Et j’attends avec impatience tes récits à venir…

    • Dao, tu as tellement raison lorsque tu dis que notre relation avec nos origines est tellement plus complexe que ça en a l’air. Après avoir vécu plus d’une décennie de ‘je t’aime, moi non plus », j’ai pris la voie de l’acceptation et tous les jours, cette relation change, s’enrichit, se questionne. Et ce voyage ne manquera d’ajouter une couche de profondeur à mon introspection. Je vois très bien ce que tu veux dire par rapport à tes parents. C’est exactement ce qu’on s’est dit avec ma soeur en prenant les billets. Qu’en réalité, c’est nous, les enfants qui somme les plus enthousiastes par ce « retour ». Mon père, qui est également originaire de Phnom Penh, semble plus mitigé. Comme il a le verbe rare, il nous est difficile savoir. J’imagine que de son pays tel qu’il l’a quitté en 1969, il doit lui rester des craintes, des regrets, de la tristesse, des souffrances. J’espère qu’il nous ouvrira les portes de son coeur quand nous nous remémorerons ensemble les bons moments. Merci infiniment de m’avoir ouvert les portes du tien.

      • 😉 ah oui et surtout n’hésite pas à tenir un carnet de voyage (le blog servira à ça j’imagine, je suis soooo 1990 !). J’ai écrit un journal pour y consigner toutes mes impressions. C’est terriblement prétentieux niveau littéraire mais je suis contente d’avoir laissé une trace de mes impressions, si confuses, si furtives, si douloureuses parfois. J’ai hâte de te lire en tous les cas !

        • J’adore les carnets de voyage. Je consigne tout, les tickets de caisse, les billets de transports, les cartes de visites. Je colle, je scotche, je gratte. Et dans ce carnet spécial pour le Cambodge, je sais déjà qu’il faudra laisser beaucoup de place aux émotions. Merci Vim ! Et ce n’est pas du tout prétentieux, au contraire. Il aurait été prétentieux de penser pouvoir tout garder dans la tête. L’encre la plus pâle vaut mieux que la meilleure mémoire. Et hop, un autre proverbe chinois 😉

  13. Coucou ma belle, moi aussi je l’ai fait ce voyage, au Laos, avec mes parents. C’était en janvier 1997, j’avais 21 ans. Mes parents n’y étaient pas retournés depuis 1975. J’ai vu mes parents parfois tristes de retrouver certains lieux (« mais vous êtes contents d’être ici ? », « oh, ça a tellement changé… ») et parfois très heureux d’y retrouver d’anciens collègues ou amis d’enfance.
    Le retour a été très dur pour moi. Je ne savais plus qui j’étais (on me parlait français là-bas, comme si j’étais une étrangère, et ici, je voyais bien que je n’étais jamais qu’une immigrée) mais j’étais encore jeune et toi tu as la chance de la faire maintenant, avec tes yeux d’adultes, et avec tes propres enfants.
    Ca te créera un filtre je crois, que je n’ai pas eu. Mes parents étant en plus du genre taiseux, il y a plein de choses qu’ils n’ont pas expliqué ou exprimé. J’ai donc tout pris en pleine poire sur place : la maison de famille, les cousins que tu ne connais pas qui te posent plein de question, les moments de recueillement dans les temples…
    Profite bien de ce moment extraordinaire, essaie de ressentir pleinement la connexion avec tes propres racines. C’est magique.

    • Oh merci Vim de partager avec moi ces souvenirs que que as rapportés de ton voyage au pays. Comme souvent, les premières fois ne s’oublient pas, tes mots semblent dater d’hier. Des parents taiseux ? Tiens donc, on n’aurait pas les mêmes, comme de par hasard ? J’imagine tout à fait la bataille que tu as livrée à l’intérieur de ton esprit lors de ce voyage, et après. A 21 ans, cet âge où on se sent si grand. J’ai attendu longtemps pour « rentrer » au Cambodge et mon plus grand regret est de faire ce voyage sans ma Maman. Mais comme tu le dis, j’ai déjà fait énormément de chemin dans ma tête sur ma propre identité et c’est à l’aise dans mes baskets que je vais porter le sarong dans le pays de mes parents. Avec moins de conflit en moi et plus de réponses à mon arc, ce voyage sera 100% découverte. Surtout avec les enfants, qui vont encore plus m’ouvrir les yeux. Merci !

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