Chinoiserie (n.f.) : (sens propre) petit objet provenant de Chine ou de style chinois. (sens figuré) petite chose se trouvant dans mes placards ou mes souvenirs, qui a agrémenté mon enfance et que je chéris toujours aujourd’hui.

Quand j’étais gamine, je n’avais pas le droit aux bonbons. Enfin, pas aux mêmes bonbons que ceux qui traînaient dans les poches des copains. C’était interdit. Comme le Coca, le vernis à ongles ou les dessins animés au réveil. Les enfants d’aujourd’hui appelleraient à la mutinerie pour bien moins que ça. Mais à l’époque, je n’étais pas du genre vindicative.

Qu’est-ce que j’enviais ceux qui sortaient d’une boulangerie avec autre chose qu’une baguette pas trop cuite. Kinder, Haribo, Malabar, les colliers à croquer, les trucs qui piquent la langue… Ils ont nourri mes fantasmes d’enfant sage. Je me demandais bien pourquoi on n’en trouvait pas sur les étalages de Tang Frères. En revanche, quand j’accompagnais mes parents faire les courses, il m’arrivait parfois de revenir avec un paquet de bonbons du Lapin Blanc, White Rabbit Creamy Candy ou 大白兔奶糖 pour les bilingues. Un poil plus sexy que les prunes séchées, les pépins de citrouille ou les fruits exotiques confits.

Bonbons-lapin-blanc-chinoisÇa, pour moi, c’était LA BIG TEUF. Enfin, ça se rapprochait de l’idée que je pouvais m’en faire, vu que je n’avais jamais vu de près une boum d’anniversaire. Ça aussi, ça faisait partie de la liste des interdits.

Les bonbons du Lapin Blanc, la sucrerie de mes tendres années : un caramel mou au lait qui colle aux dents et dégouline un peu aux commissures des lèvres quand on machouille vite, très vite, pour parvenir à finir le paquet avant que quelqu’un s’en rende compte. Sous le papier, une pellicule transparente et comestible à base de riz gluant enveloppe délicatement la confiserie. Back in the days, quand on n’avait pas Internet pour nous dire la vérité, on se racontait beaucoup d’histoires. Moi, je croyais dur comme fer que c’était fait avec du blanc d’œuf. Allez savoir. Imprimé sur le paquet, un gros lapin aux yeux rouges. J’ignore pourquoi les yeux rouges, mais je n’aurais pu dire si ça collait à la réalité, vu que je n’avais jamais mis les pieds dans une animalerie. Oui, la liste est longue.

Alors si un jour, j’en croise un, je n’hésiterais pas à le suivre, ce Lapin Blanc. J’irais, hors de la Matrice et jusqu’au fond du terrier, à la poursuite du temps et la recherche du Chapelier Toqué. Qui sait, là-bas, quelqu’un me donnera peut-être un bout de champignon qui grandit ou une pilule qui fait rêver. Même si, tout ça sent l’interdit à plein nez…